Carmen

Carmen
Jonas Kaufmann

Monday, 5 October 2015

Les particules célestes .

"Aida" Verdi  Munich Bayerishe Staatsoper 1/10/2015
Ténor Jonas Kaufmann

Les particules célestes.

ll est difficile, voire impossible, de sortir indemne des passages fulgurants de Jonas Kaufmann.Quant à moi,il me faut toujours, passé le choc émotionnel de la soirée, laisser cette beauté de la voix de Jonas et son jeu magnifique, particules célestes, redescendre, se poser doucement, dans le cœur et l’âme.

Jonas/Radames était tout simplement extraordinaire hier à Munich.

Le décor, de grands panneaux blancs tournant à chaque scène, critiqué par certains, fait du coup la part belle au chant. Curieuse “Aida” où les décors, les costumes disparaissent, cèdent la place à la beauté du chant, du jeu et cette fabuleuse musique de Verdi. Nous sommes au coeur du drame, témoins émerveillés d’un opéra intimiste, déchirant, à l'opposé des productions péplums d'Aida auxquels on est habitué.

Dans les deux premiers actes, Jonas, s’il ne chante pas beaucoup, apparaît resplendissant guerrier, rayonnant, lançant au ciel des éclats fulgurants, silencieux parfois , et puis disparaît dans le décor en mouvement.
Son céleste Aida du premier acte, seul dans la lumière et sa voix brisant le silence, donnent le ton, nous revoilà partis dans les étoiles, des palpitations au coeur, le souffle suspendu à ce diminuendo lumineux qui fait place au silence. 

C’est dans les deux derniers actes que Jonas le Magnifique nous cloue au fauteuil. Dans l’acte 3, guerrier splendide ( Nel fiero anelito …) et amant désespéré (Fuggiam gli ardori...il  ciel de nostri amori come scordar potrem…) sa voix puissante et chaude éclatante et suave, un trésor lumineux, une incandescence déchirante.

Et puis dans la nuit le scintillement tragique du dernier acte. Radames va mourir enfermé dans le tombeau, rejoint bientôt par Aida ( la fatal pietra sovra me si chiuse…). La voix de Jonas, dans les filets obscurs de la mort qui approche, plaintive, sussure le nom d’Aida, puis éclate, fulgurance métallique ( tu in questa Tomba…)allant se planter droit dans nos coeurs.

Enfin, “O terra addio adio valle di pianti” , la mort des amants. Radames Aida Amneris, la voix triste du choeur , la nuit se referme sur les amants mais leur amour est sans fin. Le chant se fait murmure, comme un feu qui s’éteint, les lèvres du ténor chantent le crépuscule, la promesse d’une vie éternelle. (a noi si sciude il ciel e l’alme erranti)   
Le vacarme des grands combats s'est tu, pureté de la ligne puis, le silence.
Standing ovation pour le tenorissimo, Jonas le céleste, qui bouscule tout, transforme tout ce qu'il touche, et nous emporte, comme un torrent.

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