Carmen

Carmen
Jonas Kaufmann

Tuesday, 20 October 2015

E lucevan le Stelle

E lucevan le Stelle

Récital Puccini 17 Octobre 2015, Londres Royal Festival Hall.

Jonas à peine fini de chanter est ovationné, couvert de fleurs , les éclats de son âme capturés dans les boites photographiques. Dans les heures qui suivent, les plumes du monde lyrique se délient. Ecrire, vite , trouver l’analyse parfaite, tenter de mettre des mots sur ce perpétuel  éblouissement, “legatos de rêve, diction parfaite” et si certains tentent de trouver la faille, la simplicité  bienveillante du ténor en désarme plus d’un.
Mais la singularité exceptionnelle de l’artiste va bien au delà de toute tentative analytique .

Ce soir là, le “tenor assoluto” chante Puccini, 6 arias magnifiques plus les rappels, sous la baguette subtile du généreux Jochen Rieder.  
Jonas entre et la salle soudain se tait, puis, le silence, comme une prière, sur ses paupières closes “Ecco la casa… torna ai Felici di" .Intimes pianissimos, douleurs fracassantes, splendeur des graves.
Ma fille de 18 ans plutôt rock et pop, l’entend pour la première fois. A l’entracte, conquise, elle me dira les frémissements de son coeur, avec dans les yeux une petite lueur familière.
C’est que Jonas, lorsqu’il chante, porte en lui les chavirements de son âme, brûle de toutes les fièvres, appelle à lui les grands débordements , tout ce qui nous enflamme et tout ce qui se tait .

Il s’avance lentement, sur les premières mesures de ” È lucevan le stelle”, en symbiose parfaite avec la musique , plus un souffle, il se plante là dans ce temps suspendu, des nuages sur ses yeux sombres et murmure son chagrin.


Lorsque vient le moment du dernier rappel “Ombra di Nube” le ciel est entré dans la salle,  le doux son du violoncelle , près de lui, torpeur des jours d’été , un rêve de bleu, les brises marines, le désir d’éternité, sublime douceur de la voix. Pris dans un rêve, nous rendons les armes, une fois de plus.

Monday, 5 October 2015

Les particules célestes .

"Aida" Verdi  Munich Bayerishe Staatsoper 1/10/2015
Ténor Jonas Kaufmann

Les particules célestes.

ll est difficile, voire impossible, de sortir indemne des passages fulgurants de Jonas Kaufmann.Quant à moi,il me faut toujours, passé le choc émotionnel de la soirée, laisser cette beauté de la voix de Jonas et son jeu magnifique, particules célestes, redescendre, se poser doucement, dans le cœur et l’âme.

Jonas/Radames était tout simplement extraordinaire hier à Munich.

Le décor, de grands panneaux blancs tournant à chaque scène, critiqué par certains, fait du coup la part belle au chant. Curieuse “Aida” où les décors, les costumes disparaissent, cèdent la place à la beauté du chant, du jeu et cette fabuleuse musique de Verdi. Nous sommes au coeur du drame, témoins émerveillés d’un opéra intimiste, déchirant, à l'opposé des productions péplums d'Aida auxquels on est habitué.

Dans les deux premiers actes, Jonas, s’il ne chante pas beaucoup, apparaît resplendissant guerrier, rayonnant, lançant au ciel des éclats fulgurants, silencieux parfois , et puis disparaît dans le décor en mouvement.
Son céleste Aida du premier acte, seul dans la lumière et sa voix brisant le silence, donnent le ton, nous revoilà partis dans les étoiles, des palpitations au coeur, le souffle suspendu à ce diminuendo lumineux qui fait place au silence. 

C’est dans les deux derniers actes que Jonas le Magnifique nous cloue au fauteuil. Dans l’acte 3, guerrier splendide ( Nel fiero anelito …) et amant désespéré (Fuggiam gli ardori...il  ciel de nostri amori come scordar potrem…) sa voix puissante et chaude éclatante et suave, un trésor lumineux, une incandescence déchirante.

Et puis dans la nuit le scintillement tragique du dernier acte. Radames va mourir enfermé dans le tombeau, rejoint bientôt par Aida ( la fatal pietra sovra me si chiuse…). La voix de Jonas, dans les filets obscurs de la mort qui approche, plaintive, sussure le nom d’Aida, puis éclate, fulgurance métallique ( tu in questa Tomba…)allant se planter droit dans nos coeurs.

Enfin, “O terra addio adio valle di pianti” , la mort des amants. Radames Aida Amneris, la voix triste du choeur , la nuit se referme sur les amants mais leur amour est sans fin. Le chant se fait murmure, comme un feu qui s’éteint, les lèvres du ténor chantent le crépuscule, la promesse d’une vie éternelle. (a noi si sciude il ciel e l’alme erranti)   
Le vacarme des grands combats s'est tu, pureté de la ligne puis, le silence.
Standing ovation pour le tenorissimo, Jonas le céleste, qui bouscule tout, transforme tout ce qu'il touche, et nous emporte, comme un torrent.