De la terre au ciel.
Gstaad Menuhin Festival 2015
21 Août, Fesselnde
Romantik
Jonas Kaufmann
Londres-Genève , je passe
de l’ombre au soleil.
Le train longe le lac
scintillant vers Montreux, voiles blanches , palmiers, petites plages , vignes
en cascades et autres délices visuels.
Puis, le “Golden Pass”, (le
passage d’or) nom du charmant petit train suranné, tout droit issu d’une
autre époque, qui emmène les voyageurs des bords du lac aux cîmes des
montagnes.
Comme Alice l’impression
de passer dans un autre monde, il y a
dans l’air un mystère, une promesse joyeuse, un “je ne sais quoi”, ineffable.
Le petit train bleu commence
son ascension vers les sommets . Mes voisins de passage gentiment me guident .
Un monsieur et son panama, sorti tout droit des Indes coloniales, une jeune
fille, chemisier blanc, rêve, le front contre la vitre, une dame élégante, un
randonneur débonnaire, un couple d’amoureux, destins croisés, au détour d’un
regard.
Nous gravissons lentement
la montagne, laissant derrière nous le bleu du lac, au loin. Le paysage se fait
joyeux, bucolique. Verts tendres, petits nuages sur fond bleu, jolis chalets,
vallées profondes, pentes vertigineuses. J’entends dans les grands sapins , la voix du vent, légère
et rassurante.
Une heure 30 plus tard
Gstaad enfin, nichée au creux de la vallée. Un pas dehors , l’air pur sent le
foin fraîchement coupé. Je passe la rivière et voici la tente du Festival, écrin
d’un soir pour la voix de Jonas. Au-dessus, le ciel étoilé.
Prélude symphonique dirigé
par le talentueux Jochen Rieder puis, ce silence .
Un frémissement
imperceptible accompagne l’entrée en scène du ténor. Elégant, teint de bronze,
le front balayé de mèches rebelles , il se tient là présent , tout entier en lui même. Unique, il
a cette fulgurante capacité à d’emblée habiter le personnage qu’il chante, en accord intime avec l’âme du monde.
La première aria “ Cuando
le sere al placido “ ( Luisa Miller Verdi) nous plonge dans la lumière en
quelques secondes.
L’amant trahi chante sa
grande douleur, timbre puissant de terre solide du début, colère ardente et
noire qui nous prend de plein fouet, nous déchire le coeur lorsque la voix se
perd dans un sanglot, puis doucement sur ses lèvres implorantes, le désespoir
immense “ah mi tradia”, le pianissimo déchirant de la fin.
Le récital entier, Verdi,
Puccini, Mascagni, Ponchielli est à l’avenant, à chaque fois , le don de sa
présence, le sentiment pour celui qui écoute, de se trouver au centre du monde , d’assister à un
instant d’éternité, pris dans un éblouissement qui nous suit, bien des jours
après .
Ces quelques heures de
merveilles sonores, ces pépites qu’il lance au ciel sont autant de cadeaux qui
illuminent nos nuits de doute.
Ce soir là, ceux qui ne le
connaissaient pas et les autres déjà pris dans ses filets, le portent aux nues
, tentent de lui rendre un peu de cet amour qu’il distribue , passant du rire
aux larmes , avec cette grâce qui le porte .
Une pirouette de joie plus
tard , heureux, il nous quitte, laissant derrière lui de la poudre d’or.
©Cathie Hubert
24 Août 2015
No comments:
Post a Comment